Bødy Hacking – Manifestø (français)

L’œuvre n’est que le médium de l’idée qu’elle véhicule. Point barre. L’usage que nous faisons de notre corps n’a donc d’autre but que de placer dans la dimension du réel nos pensées métaphysiques, laisser libre cour a notre inconscient et donner naissance a nos utopies.
Evidement, le fait d’utiliser le corps comme médium transposant “le centre de gravité de l’art vers la vie vécue” (Arnaud Labelle Rojoux), soulève toute une série de problèmes d’ordre politiques et sociaux. On ne réinterprète pas impunément ce qui est notre principale interface avec un monde qui ne voit bien souvent dans cette exhibition de soi que quelque chose tenant de l’obscène – car on donne bien « corps » à ce qui jusque là n’était que fantasme – on ne joue pas aussi facilement avec nos peurs. Car c’est bien de cela qu’il s’agit avant tout, de la peur. Celle du jugement dernier, du jugement premier, du jugement tout court, sur lequel notre société a posé ses bases et nos parents fait notre éducation, peur également de la douleur dans laquelle nos démarches s’inscrivent forcément et peur évidemment de l’erreur dans un chemin qui n’offre pas de possibilités de retour en arrière.

Si ce je(u) est effectivement une recherche de limites personnelles et à travers celles-ci un flirt avec celles de notre société – jeu dans lequel nos erreurs ne seraient que les marques visibles de la sincérité d’un engagement – il ne s’agit en aucun cas d’un jeu avec la souffrance et la mort (utopistes mais pas suicidaires !). Il s’agit encore moins d’un problème pathologique, si ce n’est de la pathologie d’une société touchant ces limites. Une société qu’il devient plus que nécessaire de transformer si on ne veux pas qu’elle s’aligne sur sa majorité la plus conservatrice, celle qui jugent le monde a travers le prisme de ces propres certitudes, écrasant sans scrupules toute démarche individuelle.
Le danger étant de créer à notre tour une nouvelle norme sur laquelle nous nous empresserions d’aligner nos contemporains, à moins qu’ils ne le fassent d’eux même… Car après tout l’homme n’a-t-il pas lui-même créé des dieux afin d’avoir un exemple sur lequel s’aligner et créer une cohésion sociale, un être supérieur dont le jugement serait le dernier rempart protégeant l’homme de sa plus grande peur, celle de lui-même ?

Me basant sur ce jugement social nous renvoyant aux « freaks » de l’imagerie populaire (ou aux « monstres » de Foucault), j’ai longtemps cru que mon travail était « contre-nature ». Il m’a fallu attendre de nombreuses années et quelques voyages au japon pour comprendre à travers la contemplation de ses jardins, qu’il s’agissait bien au contraire de comprendre notre nature (humaine), élément physique et métaphysique, afin de mieux la maîtriser et pouvoir ainsi la transformer. Il ne s’agissait donc pas de créer de quelconques armures, celle ci alourdissant autant qu’elles protègent, mais bien de sublimer une humanité libérée des geôles de la religion et de « l’ordre naturel », pouvant donc enfin sans crainte d’une quelconque punition divine, s’exprimer en toute liberté à travers son seul libre arbitre.

Nous y voila donc ; c’est bien là que tout cela se place, au dessus d’un « ordre naturel ».

Car qui aujourd’hui, au simple vu de notre actualité, ne s’est pas encore aperçu à quel point Darwin s’est trompé dans sa théorie de l’évolution en omettant un paramètre essentiel, à savoir que les imbéciles sont légion. Par conséquent, le pas qu’il reste à franchir par l’homme afin d’atteindre ce que Nietzsche appelle « le surhomme » (entendons-nous bien, pas cet espèce de héros froid de l’imagerie nazi, mais cet homme augmenté d’un peu de bon sens et de prise de conscience) passe par une prise en main de son devenir par chaque individu au travers d’une complète remise en cause.
« Deviens ce que tu es ! » Prométhée n’est pas loin.

Il ne s’agit pas d’atteindre une autre forme de supériorité que celle que l’on peut obtenir par rapport à soi-même, et, en « substituant une éthique à la morale » (Spinoza), de ne plus nous laisser guider par une notion du bien et du mal totalement arbitraire, mais plutôt d’agir en fonction d’un bon et d’un mauvais pour nous, beaucoup plus subjectif … Il faut bien rigoler un peu !

Il serait dommage alors que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité nous commençons à disposer de tous les moyens nécessaires au choix de notre évolution et de les laisser s’échapper au nom d’un bien sombre intérêt collectif dont on sait maintenant qu’il nivelle par le bas, vers l’insipide, l’inodore et surtout vers l’incolore ! Il faudrait dès maintenant se poser la question de savoir comment il sera possible dans l’avenir de mettre un peu de piment dans les éprouvettes et de facteur aléatoire teinté d’imaginaire sur les circuits imprimé qui composeront le post-humain.

Car il est certain que personne n’a l’intention de nous demander notre avis… ni les sociétés privées à qui le système capitaliste a permis de déposer des brevets essentiels dans nos possibilités d’évolution – avec les risques que l’on peut facilement imaginer – ni les dirigeants de nos démocraties dont les dérives totalitaristes nous laissent sans ambiguïté entrevoir l’usage qu’ils en feraient.

Evidemment nous n’empêcherons pas les erreurs… mais la plus terrible des erreurs ne serait elle pas de ne rien faire ? Peut-être que le temps est enfin venu d’ «entreprendre de savoir jusqu’où il est possible d aller trop loin » (Foucault), d’enfin commencer à imaginer ce futur que nous n’arrêtons pas d’essayer de retarder à trop nous accrocher à un passé désormais révolu.

Selon Nietzsche la mémoire devient un sentiment à partir du moment où elle pénètre la conscience … plus précisément un ressentiment. Si nous utilisions à inventer l’avenir ne serait-ce que la moitié de l’énergie que nous utilisons à ressasser le passé, nos regard ne s’en trouveraient-ils pas remplis d’optimisme plutôt que de rancœur ? L’oubli, ainsi deviendrait une faculté, un élément d’élévation de nos consciences nous permettant de faire enfin évoluer nos “confections” mentales et de comprendre que nous ne sommes pas tout a fait ce que nous croyons être, qu’il n’y a pas d’idéal, juste une perpétuelle mutation qu’il convient d’entreprendre.

Car, même si le libre-arbitre n’est qu’une illusion comme nous le suggère Spinoza, il ne fait aucun doute qu’à force de mettre les mains dedans, on finira par ramasser quelque chose.

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